Terminales géopolitiques

Thème 2 – Faire la guerre, faire la paix :
formes de conflits et modes de résolution

 

vendredi 12 décembre 2025

Étude conclusive | Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix impliquant des acteurs internationaux (étatiques et non étatiques).

 

Introduction : le Moyen-Orient, quelles limites, quelles caractéristiques, pourquoi est-ce un foyer de conflits ?

❑ Moyen-Orient : une expression américaine. Pour l’Europe, c’est le Proche-Orient.

❑ Pourquoi des conflits ?

Un char israélien Merkava à Gaza en octobre 2023. À la suite des massacres du 7 octobre, Israël réagit, comme il était prévisible, par la manière forte. C'est une situation d'escalade, où Israël l'emporte militairement à l'échelle locale, mais où le Hamas gagne des points à l'échelle mondiale : la protestation contre le « génocide » à Gaza mobilise les foules, de l'Europe aux universités américaines. Par ailleurs, plusieurs États européens, dont la France, ont reconnu l'État de Palestine, ce qui là encore est un revers pour Israël. Les États-Unis ont soutenu sans faille l'effort militaire israélien, jusqu'à mener une opération conjointe contre les installations nucléaires de l'Iran. Donald Trump, ayant permis à Israël de vaincre l'Iran, le Hezbollah libanais et le Hamas, a pu imposer son plan de paix à Benyamin Netanyahou. L'armistice tient pour l'instant, mais le succès du plan Trump n'est pas encore acquis.

 

A. Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinien : les tentatives de résolution, de la création de l’État d’Israël à nos jours

Entrée en matière : un article de la Neue Zürcher Zeitung sur l'ouverture partielle par Israël du poste frontière de Rafah entre le territoire de Gaza et l'Égypte (4 décembre 2025). Qu'est-ce que cet article nous apprend sur le conflit israélo-palestinien aux échelles régionale et mondiale ?

Deux premiers ministres d'Israël, tous deux travaillistes : à gauche, David Ben Gourion, fondateur de l'État hébreu en 1948 et chef du gouvernement jusqu'en 1954. A droite, Golda Meir qui dirige le gouvernement de 1968 à 1974. Habilement, Ben Gourion n'a pas donné d'ordre d'expulsion des Palestiniens lors de la victoire dans la guerre de 1948, ce qui permettait de dire qu'ils étaient partis d'eux-mêmes. La plupart des historiens israéliens admettent qu'il a laissé faire les chefs militaires, l'enjeu étant l'existence d'Israël. Golda Meir, que l'on voit ici avec les enfants d'une ferme collective ou kibboutz, contestait l'existence du peuple palestinien et à plus forte raison l'idée d'un État palestinien. Jusqu'en 1967 et après encore, les dirigeant d'Israël envisageaient la fusion des Palestiniens dans les États arabes voisins, ce qui était une manière de régler la question. Golda Meir, très populaire dans son pays, fut contrainte de démissionner après la guerre du Kippour qu'elle n'avait pas vu venir.

❑ Le point de vue de l'historien israélien Ilan Greilsamer sur l'historiographie de la naissance d'Israël : comment les historiens israéliens décrivent-ils les événements de 1948 ? »

❑ 1948 : la création de l’État d’Israël. C’est l’aboutissement du mvt sioniste, né en Europe orientale à la fin du XIXe siècle. Le sionisme (= retour à Sion, à Jérusalem) s’inspire des nationalismes européens. Pendant la 1re GM, le gvt britannique publie la déclaration Balfour (1917), un texte qui promet la création d’un « foyer national juif » en Palestine ap. la guerre (le texte anglais parle d’un « home »). Ce foyer, le « Yichouv », croît ds l’entre-deux -guerres (⇒ tensions croissantes avec les Arabes). Fait décisif : les persécutions nazies et le génocide, d'où un afflux de plusieurs centaines de milliers de juifs d’Europe en Palestine, ce qui permet à David Ben Gourion de proclamer l’État d’Israël. Le plan de partage prévu par l’ONU en 1947 n’est pas appliqué en raison de la 1re guerre israélo-arabe. L’État hébreu est aussitôt attaqué par les États arabes voisins menés par l’Égypte. Or, c’est Israël qui gagne. L’État arabe de Palestine n’est pas créé.

❑ Pour les Palestiniens, c’est la « catastrophe » (naqbah). Les Israéliens ont forcé les civils palestiniens à fuir, avec des actes d’intimidation allant jusqu’à des massacres. Si les Arabes avaient gagné, ils projetaient de « rejeter les juifs à la mer » (ou de les supprimer). C’est l’historiographie israélienne qui a établi les crimes de guerre en marge de la guerre d’indépendance. ⇒ Les Palestiniens se réfugient ds les territoires qui restent hors d’Israël, la Cisjordanie et Gaza. Certains s’établissent en Jordanie, où ils deviennent plus nombreux que les Jordaniens.

mercredi 17 décembre 2025

➣ Devoir № 4. Dissertation : « Négocier la paix d'Abel Servien à Kofi Annan ». Voir le corrigé.

vendredi 18 décembre 2025

Les guerres israélo-arabes (1948-1973)

❑ Les États arabes, menés par l’Égypte, tentent de résoudre la question palestinienne par des moyens militaires. Vaincre Israël, et ipso facto le rayer de la carte.
⇒ une situation stratégique différenciée : les Arabes ont l’avantage du nombre, ils peuvent attaquer Israël de toute part, et aucune défaite ne peut leur être fatale. Les Israéliens n’ont pas le droit à l’erreur : une seule défaite ds une guerre signifierait la fin de l’État juif.

Le 19 novembre 1977 au soir, Anouar el-Sadate, président («raïs») de l'Égypte arrive à Tel Aviv. Il serre la main de Menahem Begin, Premier ministre d'Israël. Sadate tire ainsi les leçons de la guerre du Kippour, dernière tentative de l'Égypte pour résoudre militairement le conflit israélo-arabe. Cette visite aboutit aux accords de paix de Camp David (17 septembre 1978) conclus sous l'égide du président américain Jimmy Carter. Israël y gagne la sécurité sur son flanc sud et la rupture du front uni des pays arabes. Sadate obtient la rétrocession du Sinaï conquis par Israël en 1967 et l'aide économique et militaire des États-Unis. Le président égyptien paie le prix de son audace : ses anciens alliés arabes lui reprochent cette paix séparée comme une trahison. Même à l'intérieur de l'Égypte, la colère gronde : le 6 octobre 1981, Sadate est abattu par des militaires égyptiens islamistes.
 
Pourtant, cette paix a tenu. Depuis 1978, d'autres États arabes ont fait la paix avec Israël et, comme l'Égypte, noué des relations diplomatiques avec l'État hébreu. La Jordanie a fait la paix avec Israël en 1994 ; en décembre 2020, par les accords d'Abraham, soutenus par l'administration Trump, le Maroc, les Émirats Arabes Unis, mais aussi Bahreïn et le Soudan, ont à leur tour emboîté le pas. L'objectif d'Israël est d'être reconnu par ses voisins du Moyen-Orient, et plus largement du monde arabe, comme un État légitime. L'Arabie Saoudite n'est pas allée jusqu'à établir des relations diplomatiques avec Israël, mais elle apprécie l'aide technologique que lui apporte ce dernier dans la guerre contre les rebelles houthis du Yémen, des chiites soutenus par l'Iran. Le processus de paix israélo-palestinien a échoué, mais la diplomatie israélo-arabe a progressé. C'est cette évolution que le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007 a essayé de remettre en cause à travers les massacres du 7 octobre 2023.

VOIR : l'émission d'Alexandre Adler, Histoire de comprendre, «1977 :  Sadate en Israël» [13 minutes].

 

ÉCOUTER : le point de vue de l'historien Henry Laurens, professeur au Collège de France. Une série de trois émissions du podcast Storiavoce : épisode 1 : « De la question juive à l'État d'Israël », épisode 2 : « L'émergence de la question palestinienne » et épisode 3 : « L'échec du processus de paix ». Chaque épisode dure environ 55 minutes.

 

Carte d'Israël sur le site du Ministère des Affaires étrangères.

Carte des territoires palestiniens sur le site du Ministère des Affaires étrangères.

lundi 5 janvier 2026

La révolution islamique d’Iran (1979) : l’islamisme au pouvoir.

❑ L’Iran était, avec le shah, le gendarme du Golfe pour le compte des E-U. Le shah avait été porté au pouvoir par la CIA en 1953, en renversant le Premier ministre Mossadegh. Facteur stratégique : l’Iran est situé entre le Golfe et à l’époque l’URSS.

⇒ succès de la rév°, suivie de la prise d’otages du personnel de l’ambassade américaine à Téhéran (1979-1981). La rév° islamique combine aspects religieux (régime théocratique) et le nationalisme.

❑ L’Iran devient l’ennemi juré d’Israël : l’antisionisme lui permet de prétendre à un leadership ds le PMO musulman (mais arabe et sunnite). L’Iran soutient le Hezbollah (parti d’Allah), un parti et une milice chiite au Liban (donc au nord d’Israël), à partir de 1982. En 2006, l’Iran apporte aussi son soutien au Hamas palestinien à Gaza. La même année, le Hezbollah inflige un revers à Israël, grâce au soutien iranien.

❑ 1980-1988 : la guerre Iran-Irak fait rage. L’Irak de Saddam Hussein attaque l’Iran pour lui prendre des régions pétrolières. Les grandes puissances se répartissent les rôles : F et URSS arment l’Irak, l’Iran utilise du matériel américain (avec des pièces de rechange livrées en contrebande par Israël), Suisse, Allemagne et Chine arment les deux camps. La guerre se termine en 1988 sur un match nul, et le retour à la paix peut passer pour un succès de l’ONU. Les deux belligérants étaient ruinés.

Le conflit israélo-palestinien

⇒ une autre tactique, celle du soulèvement (Intifada) à la fin des années 1980.
Israël est désormais ds la position de l’occupant, la sympathie de l’opinion publique va (plus souvent) aux Palestiniens-victimes (Renaud fait une chanson sur l’Intifada).

❑ Le processus de paix :

VOIR : le documentaire de la chaîne américaine PBS Netanyahu at war (2016), dont nous utilisons l'extrait sur les accord d'Oslo et leur échec après l'assassinat de Rabin le 4 novembre 1995. [Durée totale du documentaire : 1h54]

mercredi 7 janvier 2026

❑ Quels sont les éléments de la paix d’Oslo ?

⇒ Un programme audacieux, qui demandait bcp de prudence : la partie palestinienne aurait renoncé au droit au retour (une exigence fondamentale jusque-là, et rétablie après l’échec d’Oslo), inacceptable pour Israël. En fait, on prévoyait un processus de paix, pour se donner le temps de résoudre les difficultés. Oslo a créé l’Autorité palestinienne, avec Ramallah pour capitale provisoire, et un gvt fondé sur l’OLP dont la composante ppale est le Fatah de Yasser Arafat (jusqu’en 2004) et Mahmoud Abbas.

❑ Le 1er coup porté au processus de paix est l’assassinat de Rabin par un extrémiste israélien le 4 novembre 1995. Rabin, ancien général, homme de guerre, intransigeant, mais finalement convaincu d’échanger « les territoires contre la paix ».

❑ L’échec du processus de paix :

vendredi 9 janvier 2026

Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) et leurs prolongements : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique.

La Première guerre du Golfe (1991)

❑ Pourquoi ces guerres ? 1988 : fin de la guerre Iran-Irak (1980-1988 ; 500 000 morts). Août 1990, Saddam Hussein, le dictateur irakien, ruiné, occupe le petit émirat pétrolier du Koweit pour restaurer ses finances et son prestige. L’annexion du Koweit double les réserves de pétrole de l’Irak (de 10 à 20% des réserves mondiales exploitables).

❑ Saddam espère l’impunité : août 1990, c’est entre la chute du mur de Berlin (9 nov. 1989) et la réunification allemande (3 oct. 1990). Les E-U et l’URSS ont bcp à faire, surtout en Europe. La rue arabe était pour Saddam Hussein, dictateur baathiste « laïc », et contre les monarchies pétrolières.

❑ Les monarchies pétrolières, Arabie Saoudite en tête, sont effrayées. Les E-U sont défiés. S’ils tolèrent l’annexion, c’est le système de l’ONU qui est remis en question, et à travers lui le leadership américain et le « nouvel ordre mondial » auquel George Bush (1989-1993) veut donner forme. On fait alors la comparaison en Occident entre la situation du Golfe et Munich en 1938 (Saddam Hussein devient donc le nouvel Hitler, une « reductio ad Hitlerum »). La comparaison a permis de vendre la guerre contre l’Irak aux opinions publiques, pour la présenter comme une « guerre juste ».

⇒ un consensus à l’ONU pour exiger l’évacuation du Koweit par l’Irak. L’URSS s’aligne sur Washington, la Chine ne s’oppose pas (elle avait ses propres problèmes intérieurs après le « printemps de Pékin » de juin 89, et ses intérêts économiques). Le CSONU est donc unanime et pose un ultimatum à l’Irak.

❑ Les E-U forment une coalition avec leurs alliés de l’OTAN et des pays arabes (Israël étant laissé de côté), et déploient leur armée en Arabie Saoudite (opération Desert shield). 500 000 hommes sont réunis, plusieurs milliers d’avions et hélicoptères, la moitié de l’US Navy. La propagande américaine fait de l’armée irakienne « la quatrière armée du monde»). Saddam avait une armée organisée à la soviétique, une armée dont le modèle était l’Armée rouge de Staline pdt la 2e GM. L’armée américaine était à la pointe du progrès, avec un slogan de « guerre zéro mort »).

La 2e guerre du Golfe (2003)

❑ 2000 : élection de George W. Bush, fils du précédent, ds des conditions particulièrement serrées. Le nouveau président veut abattre Saddam Hussein pour remodeler le PMO. Le Onze-septembre lui offre l’occasion d’amalgamer les islamistes et le régime irakien (ce qui était abusif).

⇒ une crise en 2002 : la GB (Tony Blair) suit les E-U. En Europe, les anciens pays communistes (Pologne, Rép. Tchèque) suivent aussi Washington : ils venaient de rejoindre l’OTAN.
Mais la F de Chirac est contre, avec la menace implicite mais évidente d’un veto au CSONU. Russie et Chine sont aussi opposées (mais n’envisagent pas le veto). L’Allemagne du chancelier Schröder est d’accord avec Chirac (mais n’étant pas membre permanent du CSONU, elle est moins exposée à l’irritation des E-U).

lundi 12 janvier 2026

❑ Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, présente la position française ds un discours au CSONU : l’Irak n’a peut-être pas d’armes de destruction massive, la guerre n’est pas une solution, il faut construire la paix par des efforts diplomatiques. La F est alors populaire ds le monde en raison de ses positions pacifiques.

❑ En 2003, les E-U envahissent l’Irak en quelques semaines. C’est une victoire foudroyante, suivie de l’occupation du pays. Et c’est là que mes choses se gâtent.


Le ministre des affaires étrangères de la France Dominique de Villepin et le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan lors de la réunion du Conseil de sécurité le 14 février 2003.

VOIR : le discours de Dominique de Villepin au Conseil de sécurité de l'ONU contre la guerre en irak (février 2003).

VOIR : le documentaire de la chaîne américaine PBS "Losing Iraq."

Les divergences franco-américaines autour de la guerre en Irak. Les points de vue de Jacques Chirac et du secrétaire d'État américain Colin Powell en 2004. Les États-Unis veulent alors un monde unipolaire.