La Gazette de Liège du 1er décembre 1918. La Belgique avait été occupée et durement traitée par l'Allemagne. L'opinion belge attendait donc que l'Allemagne paie. En France, la campagne électorale de 1919 vit la victoire du Bloc national, une coalition de droite élue sur le slogan « l'Allemagne paiera ». Clemenceau put s'appuyer sur cette majorité, dite « chambre Bleu horizon », de la couleur des uniformes des « poilus », pour négocier le traité de Versailles qui imposa des conditions très dures à l'Allemagne vaincue, notamment le paiement de « réparations ». Ce terme partait du principe que l'Allemagne était coupable du déclenchement de la guerre, ce qui fut affirmé dans l'article 231 du traité.

 

Terminales géopolitiques

Thème 3 : histoire et mémoires

lundi 26 janvier 2026

 

Axe 1 | Histoire et mémoires des conflits

A. Un débat historique et ses implications politiques : les causes de la Première Guerre mondiale.

 

Le journal satirique berlinois Kladderadatsch du 18 janvier 1920 critique le traité de Versailles qui dépouille le « Michel » allemand (symbole populaire de l'Allemand moyen en Allemagne). Cette illustration, traduite en français, figure dans le manuel d'histoire franco-allemand publié en 2008 par les éditeurs Nathan et Klett et écrit par une équipe d'historiens des deux pays, avec l'intention de parachever la réconciliation. Dans le manuel, l'image sert à montrer l'image de l'ennemi que se faisaient les Allemands juste après la guerre : les Français paraissaient impitoyables, d'autant plus qu'ils exigeaient le paiement des réparations. Celui-ci fut suspendu en 1932, à cause des répercussions de la crise de 1929 en Allemagne, trop tard pour empêcher l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler (30 janvier 1933.)

❑ Pourquoi un débat ?

⇒ la question des réparations. En 1919, la chambre des députés française est une chambre nationaliste (« Chambre bleu horizon »), élue sur le slogan « l’Allemagne paiera ! ».

❑ L’article 231 du traité de Versailles dit que l’Allemagne est responsable du déclenchement de la guerre et qu’elle devra payer des réparations. Elles auraient duré jusqu’en 1988.
⇒ un ressentiment terrible en Allgne, où l’on prétend que le pays a été trahi en 1918. Ce qui débouche sur une victimisation et des haines : antifrançaise, antisémite. C’est le contexte de l’essor du NSDAP, le parti « nazi » d’Adolf Hitler, fondé en 1919. L’occupation de la Ruhr en 1923 par la F, alors que le gvt alld avait supendu le paiement des réparat°, entraîne une hyperinflation et le « combat pour la Ruhr », un épisode d’exacerbat° nationaliste (9 nov. 1923 : putsch d’Hitler à Munich).

Une affiche allemande contre le traité de Versailles, réalisée par Heinz Wever en 1932. C'est l'année de la suspension définitive du paiement des réparations après le « moratoire Hoover », mais trop tard, puisque Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933. L'Allemagne vaincue est présentée comme un Prométhée enchaîné, dans le style expressionniste de l'époque. C'est une victimisation et l'expression d'un ressentiment qui confine à la haine (livre, p. 179).

❑ Cf. le point de vue de Jules Isaac en 1933 (livre, p. 181) : « l’histoire n’est pas une cour de cassation », l’historien n’est qu’un modeste juge d’instruction (autrement dit un enquêteur plus qu’un juge). Isaac souhaite une réconciliation franco-allemande. Il contredit la thèse officielle de la F, celle de la culpabilité allemande. Il défend au contraire l’idée des responsabilités partagées.

❑ Que peut-on dire des responsabilités ?

mercredi 28 janvier 2026

Les résultats du “Peace Ballot” ou scrutin pour la paix, organisé en Grande-Bretagne en 1934-35 par l'association pour la Société des Nations (League of nations Union, LNU). Plus de onze millions de personnes répondirent, la LNU ayant à elle seule 400 000 adhérents. Les résultats montraient le soutien déterminé de l'opinion publique britannique à un système de sécurité collective fort, capable de contrer d'éventuels agresseurs par des mesures militaires. la SDN, on le sait, n'avait pas ce genre de moyens. C'est un exemple des réactions très diverses au traumatisme de la 1re Guerre mondiale. Dans l'Allemagne vaincue, le ressentiment contre le traité de Versailles a été l'une des causes du mouvement national-socialiste d'Adolf Hitler.

➪ Raymond Aron (1905-1983) analyse en 1950 les causes et les responsabilités dans le déclenchement de la Grande guerre de 1914-1918 et dans son évolution vers une guerre totale.

vendredi 30 janvier 2026

Sir Christopher Clark, historien australien, auteur des Somnambules, ouvrage paru en 2012. Christopher Clark essaie de comprendre le déclenchement de la Grande guerre (celle de 14-18) à l'échelle européenne. Il nuance ainsi la thèse de Fritz Fischer, celle de la « responsabilité décisive » de l'Allemagne impériale en 1914. Clark parle de co-responsabilité. Il n'exonère donc pas complètement le gouvernement allemand de l'époque. Le livre de Clark, comme celui de Fischer en 1961, s'explique par son contexte. Fischer avait été nazi et vivait dans une Allemagne divisée en deux États après la défaite de 1945 et à cause de la Guerre froide. Clark vit dans l'Allemagne réunifiée à l'époque de la mondialisation et de l'Union européenne. Il est né en 1960, donc à l'époque où Fischer écrivait son livre. Marié à une allemande et vivant à Berlin, père de deux enfants, il incarne la réconciliation. Son livre suit de peu la disparition des derniers anciens combattants de la 1re guerre mondiale. Le dernier poilu français, Lazare Ponticelli, est mort en 2008 âgé de 110 ans. En 2015, Elisabeth II avait anobli Christopher Clark pour sa contribution à la réconciliation anglo-allemande.

➪ Le débat historiographique sur les responsabilités : les points de vue de l'historien allemand Fritz Fischer en 1961 et de l'historien australien Christopher Clark en 2013.

 

lundi 2 février 2026

B. Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie.

La place du 19 mars 1962 à Guimiliau, Finistère. On remarquera que les accords d'Évian sont commémorés comme « fin de la guerre d'Algérie », et non au titre de l'indépendance algérienne comme le font les Algériens. La mémoire française la plus consensuelle privilégie ainsi le soulagement au terme d'un conflit éprouvant qui a divisé la nation.

Le mathématicien Maurice Audin (1932-1957), assistant à l'Université d'Alger, communiste, membre du PC algérien et favorable à l'indépendance algérienne, disparaît en 1957. Arrêté par les parachutistes français, il est torturé et assassiné. Il fallut attendre 2014 pour que les faits soient partiellement reconnus sous la présidence de François Hollande, puis 2018 pour que la responsabilité de l'État soit assumée par Emmanuel Macron. La guerre d'Algérie a été à l'origine de mémoires d'autant plus douloureuses que c'était une guerre coloniale doublée d'une guerre civile.

❑ La guerre d’Algérie a duré du 1er novembre 1954, « la Toussaint rouge », c’est-à-dire les premiers attentats du FLN (Front de Libération Nationale). La fin = les accords d’Évian le 19 mars 1962.

❑ Un « conflit mémoriel » (Benjamin Stora). Pourquoi ?

L’histoire de la colonisation française en Algérie :