Les trois taïkonautes de la station spatiale chinoise (Zhōngguó kōngjiānzhàn) appelée « Palais Céleste » écoutent un discours de Xi Jinping le 23 juin 2021. © AFP/CCTV.
Terminales géopolitiques
Thème 1 – De nouveaux espaces de conquête
mercredi 29 avril 2026
Étude conclusive | La Chine : à la conquête de l’espace, des mers et des océans.
A - Une volonté politique d’affirmation (discours, investissements, appropriations…).
❑ 2013 : Xi Jinping accède au pouvoir à Beijing. Un programme : « le rêve chinois ». Derrière ce slogan, l’intention de rallier la pop° chinoise au parti communiste, en lui donnant une perspective de prospérité et de puissance (la révolution communiste de 1949, celle de Mao Zedong, faisait suite à un siècle d’humiliation et d’assujettissement aux grandes puissances impérialistes depuis les guerre de l’opium au milieu du XIXe siècle).
❑ La Chine a tiré parti de son ouverture à l’économie mondiale, conçue dès le début comme un retour à la puissance :
- 1982 : Deng Xiaoping ouvre la Chine aux capitaux étrangers, notamment américains ⇒ décollage économique de la Chine, qui dispose d’une main d’œuvre abondante, de plus en plus qualifiée, et alors jeune. La Chine a depuis lors un avantage comparatif dans l’économie mondiale, avantage qu’elle est en train de perdre actuellement, du fait du vieillissement de sa pop° (vieillissement aggravé par la politique de l’enfant unique, abandonnée depuis deux décennies).
- 2001 : la Chine adhère à l’OMC. Dix ans plus tard, elle est devenue la 1re puissance manufacturière du monde. En 2014, le PIB en ppa de la Chine passe devant celui des E-U.
❑ des aspects maritimes considérables :
- Xi Jinping remet à l’honneur l’amiral Zheng He (1371-1433) qui avait conduit une flotte jusque dans l’Océan Indien et au milieu du Pacifique. Cette flotte, alors la plus puissante du monde, avait été brutalement abandonnée pour concentrer les moyens de l’empire face aux invasions mongoles.
- Xi a lancé le programme des Nouvelles routes de la soie (Belts and roads initiative) qui recouvre aussi un volet maritime et qui représente la stratégie chinoise ds la M° : la Chine finance des infrastructures (ports, routes, équipements urbains, des usines) en accordant des prêts, parfois une aide technique ⇒ dépendance des pays hôtes (il faut rembourser Beijing). Ex : le Sri Lanka où Beijing contrôle les ppaux ports, la Tanzanie (qui a interrompu la coopération pour ne pas entrer ds la dépendance de Beijing), mais aussi l’Europe : la prise de contrôle du pôrt du Pirée par l’entreprise chinoise COSCO, à la faveur de la crise grecque et des tensions entre Athènes et Bruxelles. En Italie, la Chine avait entrepris de prendre le contrôle de Trieste, et l’Italie avait envisagé de rejoindre les BRI. Elle y a renoncé au vu des implications stratégiques : l’entrisme de Beijing ds l’UE et contre les intérêts européens. En Allemagne, Beijing a tenté de prendre 20% des parts ds le port de Hambourg, le 1er port allemand. Berlin a fait échouer ce projet. De même, Washington s’oppose à la présence chinoise à Panama (où Beijing a dû reculer) et l’intervention au Venezuela avait entre autres pour but d’en déloger les Chinois.
❑ La puissance navale chinoise augmente...
Une diapositive publiée le 11 juillet 2023 sur le site américain The War Zone, présentée comme émanant de l'Office of Naval Intelligence, le service de renseignement de l'US Navy. Elle indique que les capacités de construction navale de la Chine sont 232 fois supérieures à celles des États-Unis qui ont beaucoup négligé leurs chantiers navals civils. Cette vue a été authentifiée par l'US Navy. En 2020, la marine de l'Armée populaire de libération (PLAN) avait 355 navires en service contre 296 pour l'US Navy et l'écart est en train de se creuser. Il correspond aux capacités industrielles gigantesques de la Chine. Selon un rapport du Congrès publié le 15 novembre 2023 (version PDF), la Chine avait construit en 2022 1794 navires de commerce de gros tonnage contre 5 pour les États-Unis.
➪ LIRE : un article en ligne de la revue Conflits (20 novembre 2025) sur le déploiement mondial de la marine chinoise.
Une illustration du rattrapage des États-Unis par la Chine sur le plan naval. Le graphique montre l'évolution du nombre de tubes de lancement vertical (Vertical launch System ou VLS) des marines des deux États. Les États-Unis en ont au début l'exclusivité. Les Chinois progressent néanmoins très vite, autrement dit la suprématie américaine (supériorité absolue) s'est transformée en supériorité simple (relative). La Chine a probablement dès maintenant la capacité de freiner l'accès de l'US Navy à certains espaces (le détroit de Taïwan par exemple). Les systèmes VLS peuvent tirer aussi bien des missiles anti-aériens et anti-missiles (action défensive) que des missiles de croisière pour des frappes de la mer vers la terre ou des missiles antinavires. Les destroyers chinois type 055 (8 unités construites sur 16 prévues) possèdent chacun 112 tubes VLS, permettant des tirs de saturation : si 2 d'entre eux tiraient toutes leurs armes sur une escadre américaine, cela ferait jusqu'à 224 missiles. Il est probable que, malgré l'excellence des moyens de défense américains, au moins quelques-uns atteindraient leur cible et la mettraient hors de combat.
➪ Sujet d'étude critique (baccalauréat, juin 2025, métropole) sur l'affirmation de la puissance chinoise sur mer et dans l'espace : un entretien avec l'amiral français Vandier paru dans Le Monde du 10 juin 2021 et un dessin philippin publié en mars 2024.
lundi 4 mai 2026
- une croissance plus rapide, due à des chantiers navals plus développés, capables de contruire rapidement tous types de navires (les chantiers civils peuvent construire des navires de guerre).
- certains domaines où les Américains n’ont plus l’exclusivité, comme les porte-avions.
- et la Chine tire parti des limites rencontrées par les États-Unis, incapables de fournir un effort comparable (pas pour des raisons financières ni technologiques, mais par manque de main d’œuvre et de capacités industrielles).
- la Chine a enfin développé des capacités de frappe antinavire (drones, missiles de croisière ou balistiques, éventuellement tirés en salves par des lanceurs verticaux multiples), ce qui permet «d’interdire » l’accès de certaines zones aux Américains.
❑ des appropriations : la Chine a virtuellement annexé les archipels de Mer de Chine du Sud, dont l’occupation ne peut lui être disputée (elle reste contestée sur le plan juridique). La poldérisation des îlots les transforme en bases à peu près inexpugnables.
❑ une utilisation militarisée de l’espace (ni plus ni moins que les Américains), très sensible ds la communication autour de la station spatiale Tiangong : salut militaire, discours de Xi Jinping. L’utilisation de l’espace est un moyen de communication politique et de politique de puissance : il y a un GPS chinois, des moyens de reconnaissance satellitaire, des essais d’armes ASAT (en ppe interdites, mais les Américains en ont probablement aussi expérimentées), des engins hypersoniques (pouvant servir à déjouer des défenses antimissiles).
B - Des enjeux économiques et géopolitiques considérables pour la Chine et le reste du monde.
❑ pour la Chine, parce qu’elle dépend d’approvisionnements extérieurs. La Chine n’importe que 28% de ses besoins en pétrole, mais 45% du pétrole qu’elle importe passe par le détroit d’Ormuz.
⇒ la diplomatie chinoise plaide pour l’ouverture du détroit ; la Chine n’envisage pas de traiter l’affaire autrement que par la diplomatie. La Chine est présente à Djibouti, a des relations avec l’Iran, mais ne contrôle pas la situation dans la région.
❑ d’autres enjeux : la pêche, puisque les flottes chinoises sillonnent les mers du monde. 2023 : 15% des prises mondiales sont le fait de la Chine (jusqu’au thon rouge de Méditerranée).
Et la science, avec des expéditions océanographiques. Ou bien, il s’agit de recherche désintéressée, avec un effet possible de soft power (une contribution à la connaissance des océans ds l’intérêt de l’humanité), ou bien il s’agit d’objectifs militaires (la guerre sous-marine, l’étude des câbles sous-marins ds l’éventualité d’un conflit). Ex : en 2024, l’Inde a protesté contre la présence ds l’Océan Indien de navires de recherche chinois, dont l’un espionnait les lancements de fusées indiennes, l’autre était soupçonné de soutenir les activités de renseignement de sous-marins chinois près de l’Inde et du Sri Lanka.
mercredi 5 mai 2026
➪ Traitement du sujet d'étude critique (baccalauréat, juin 2025, métropole) sur l'affirmation de la puissance chinoise sur mer et dans l'espace : un entretien avec l'amiral français Vandier paru dans Le Monde du 10 juin 2021 et un dessin philippin publié en mars 2024.
➪ LIRE : L'article du général Serge Cholley dans Vortex, la revue de l'Armée de l'Air et de l'espace, n°9, octobre 2025. « La Chine, d'une puissance mondiale à la puissance globale », pages 171 à 186.
mercredi 20 mai 2026
➪ Étude critique : coup de projecteur sur l'analyse du document 1 (commentaire d'un tableau).
➪ Révisions sur le thème 2, axe 2 : « À quoi sert encore l'ONU ? », une émission du Collimateur, podcast d'Alexandre Jubelin (7 avril 2026), avec le politiste Arthur Boutellis.
➪ Des mises au point sur les différentes parties du programme sur le site EHNE de la Sorbonne. Sur l'axe 2 du thème 2 (construire la paix), voir l'article de Claire Gantet sur les traités de Westphalie.