Thème 4. Identifier, protéger et valoriser le patrimoine: enjeux géopolitiques.
Vendredi 25 septembre 2026
Étude conclusive | La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protection.
Qu’est-ce qui confère au patrimoine une importance particulière en F ? Comment l’État et les autres acteurs gèrent-ils le patrimoine ?
La colline de Vézelay, l'un des premiers sites français classés par l'UNESCO en 1979. La basilique Sainte-Marie-Madeleine, construite au XIIe siècle, est un chef-d'œuvre de l'art roman. Placée sur la première liste du patrimoine national en 1840, sous la monarchie de Juillet, l'église fut restaurée par Viollet-le-Duc.
A. La gestion du patrimoine français : évolutions d’une politique publique.
❑ Problème : la densité exceptionnellement élevée du patrimoine en F. La richesse de ce patrimoine, et son inflation, représentent une charge de plus en plus difficile à assumer. La tendance à la patrimonialisation (l’augmentation ou inflation du patrimoine), accroît les difficultés.
Le point de vue de François Hartog, historien né en 1946, sur le processus de patrimonalisation, à travers l'exemple des politiques du patrimoine en France.
Écouter une émission de France Culture, avec François Hartog : La passion patrimoniale, du 6 avril 2007 (57 min.)
❑ Hartog relie l’émergence du patrimoine au régime d’historicité. Cette expression correspond à la relation qu’une société a avec l’histoire, comment elle vit le temps. Au Moyen Âge, on s’inspirait surtout du passé. A partir du XVIIIe siècle (l’époque des Lumières) on a avant tout regardé vers l’avenir : un cas représentatif est celui du marxisme.
Marx pensait avoir compris les lois de l’Histoire, du devenir historique, organisées autour de la lutte des classes et orientées vers le communisme.
Notre époque, selon Hartog, est celle du présentisme : notre rapport au temps se concentre sur le présent
.Lundi 28 septembre 2026
Schéma des régimes d'historicité selon François Hartog. Dans l'Antiquité, la conception du temps est cyclique : on conçoit les âges comme des saisons, d'où le mythe du retour de l'âge d'or. Le temps chrétien, qui marque le Moyen Âge et l'époque moderne, est orienté de la Passion vers la Résurrection. On continue de chercher un modèle dans les exemples du passé ; l'histoire peut donc servir de guide pour la vie. C'est le sens de la formule Historia magistra vitæ. À l'époque moderne, l'esprit scientifique se développe. Il contient en germe l'idée de progrès qui s'affirme avec les Lumières et la révolution industrielle. On regarde surtout vers l'avenir, ce qui caractérise les idéologies du XXe siècle ou un mouvement artistique comme le futurisme. Mais avec 1945 – autrement dit Auschwitz et Hiroshima – la confiance dans le progrès est ébranlée. C'est l'époque du « présentisme », que certains qualifient aussi de post-moderne.
❑ L’intérêt porté au patrimoine, mais aussi à la mémoire, est caractéristique de la période que nous vivons. La patrimonialisation ( = le processus d’extension du patrimoine) en particulier : on inscrit ds le patrimoine toutes sortes de choses, non seulement les monuments historiques, mais des quartiers, des paysages, des modes de vie, et ce à l’échelle mondiale (UNESCO). Pourquoi ? Par inquiétude sans doute, et certainement parce que le « présentisme » pose des questions sur la place du passé et de l’avenir.
Les étapes de la politique du patrimoine en France :
❑ La Révolution française amorce une politique de préservation, en réaction aux nombreuses destructions qu’elle a entraînée : châteaux démantelés, abbayes vendues comme biens nationaux et transformées en carrières.
❑ Le XIXe siècle est l’époque essentielle pour la politique des monuments historiques, avec trois moments :
- La monarchie de Juillet (Louis-Philippe et Guizot) légifère sur les monuments historiques, fait de Versailles un musée (1837). Viollet-le-Duc commence les restaurations de Vézelay, Carcassonne et N-D de Paris. But politique : donner une légitimité à un régime issu de la Rév° de 1830, contesté par plusieurs opposit° (légitimiste, républicaine et bonapartiste).
- Le Second Empire où l’écrivain Prosper Mérimée poursuit l’œuvre de la monarchie de Juillet. Viollet-le-Duc poursuit ses travaux (Pierrefonds).
- La IIIe République amplifie cette politique avec les lois de 1887 et 1913 sur les monuments historiques. Son but est d’enraciner la République (alors contestée) en la présentant comme l’aboutissement de l’histoire nationale. C’est une politique centralisée, parfois controversée, par exemple par la campagne de Maurice Barrès en 1911, qui attire l’attention sur les églises de villages (l’échelle locale).
La culture au service de la diplomatie : André Malraux présente la Joconde aux couples Kennedy et Johnson à Washington en 1962. Le chef-d'œuvre de Léonard de Vinci, pièce maîtresse des collections du Louvre, est prêté aux Américains pour une exposition. C'est un moment de rapprochement franco-américain, dans un contexte par ailleurs tendu : le général de Gaulle s'efforce de développer une dissuasion nucléaire française autonome contre la volonté des États-Unis qui préfèreraient un système placé sous leur contrôle direct. Mona Lisa (la Joconde) permet de prendre du recul vis-à-vis des choses qui fâchent. Le prestige de Malraux, écrivain célèbre, ajoute au retentissement de ce voyage : la France exporte sa culture dont les Américains reconnaissent – au plus haut niveau - la grandeur.
❑ La Ve République est d’abord marquée par l’action d’André Malraux, ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle, avec une politique à plusieurs échelles : loi Malraux de 1962 sur le patrimoine immobilier (exonérations fiscales), action diplomatique (la Joconde aux E-U en 1962). Autre grand moment, la politique de François Mitterrand et Jack Lang dans les années 1980 : pérennisation des journées du patrimoine ; politique des FRAC (Fonds régionaux d'art contemporain, ce qui représente une extension du patrimoine) et grands travaux parisiens (Grand Louvre avec sa pyramide, Opéra Bastille, Arc de la défense, Grande bibliothèque de Tolbiac).
Un exemple de la politique culturelle de Jack Lang : les colonnes de Buren devant le Palais Royal à Paris, œuvre installée en 1985. Écouter la présentation sur le site de la Bibliothèque nationale.
mercredi 30 septembre 2026
B. Un exemple de reconversion grâce au patrimoine : le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
Un paysage du bassin minier du Pas-de-Calais : Loos-en-Gohelle.
Extrait de la carte IGN du bassin minier. On remarquera la densité de peuplement, avec une urbanisation forte. Par ailleurs, les traces du bassin minier : chevalements, terrils, cités des mineurs (corons). On aperçoit aussi le Louvre Lens, aménagement culturel majeur créé en décembre 2012 pour revitaliser l'ex-bassin minier.
❑ Le Pas-de-Calais était le ppal gisement de houille en F. Avec la Rév° industrielle, il devient un « pays noir », avec des paysages caractéristiques : les chevalements près des puits de mine, les terrils (collines constituées de débris de l’extract° du charbon) et les corons, quartiers de petites maisons en brique construites par les houillères pour les mineurs. On avait une culture ouvrière, celle que décrit Zola dans Germinal. C’est la réalité sociale du Pas-de-Calais jusqu’aux années 1960. 1961 : dernière grande grève de mineurs. 1990 : fermeture de la dernière mine.
⇒ une crise sociale, une nécessaire reconversion.
❑ Des enjeux politiques : la culture ouvrière des mineurs était de gauche (socialiste ou communiste). Depuis la fin de l’extraction minière, le Pas-de-Calais, surtout ds l’ex-bassin minier, a voté de plus en plus pour le RN (Marine Le Pen, élue à Hénin-Beaumont). Aux législatives 2024, le RN obtient 50% des voix dans le Pas-de-Calais avec 6 députés élus ou réélus dès le 1er tour (4 autres élus au second tour sur 12 députés ds le département).
Le Monde, du 2 juillet 2024.
Le problème de la reconversion : comment faire du patrimoine un levier pour relancer l’économie du bassin ? Comment tirer parti de l’héritage industriel ?
➪ VOIR un documentaire de l'APHG sur les enjeux du patrimoine dans l'ex-bassin houiller du Pas-de-Calais. Documentaire utilisé en classe. [2022, 20'42"]
❑ à l’échelle européenne, l’ex-bassin houiller est au cœur d’un espace très peuplé : région parisienne, bassin de Londres en Angleterre et le Benelux (partie NW de la « dorsale européenne »). ⇔ potentiel touristique.
❑ Faire des vestiges de l’extract° minière un patrimoine n’était pas évident : le 1er mvt a été de détruire les chevalements. On voulait faire place nette pour récupérer les terrains.
❑ un musée de la mine est créé entre 1973 et 1984, pour garder la mémoire des mineurs, de leur travail et de leur mode de vie. (Patrimonialisat° ⇔ souci de ne pas oublier ce qui disparaît).
Des chevalements ont été conservés comme traces du passé minier (lieux de mémoire), souvent à la demande d’acteurs locaux (anciens mineurs). 1989 : création d’une association « La chaîne des terrils », les terrils, mais aussi les cavaliers (chemins de fer miniers) sont préservés. Question centrale : le modèle économique, car le patrimoine a un coût, potentiellement très élevé ⇒ il faut le financer, donc le rentabiliser.
❑ Depuis 1990 (fermeture définitive des mines), la politique de patrimonialisation est conçue dans le cadre de la reconversion économique et de l’aménagement du territoire. C’est aussi dans le souci d’affirmer l’identité du territoire (enjeu de mémoire).
vendredi 2 octobre 2026
❑ Un grand projet : le Louvre Lens (2012), sur un site minier, un musée qui expose une partie des collections du Louvre pour lesquelles la place manquait à Paris. Un exemple de politique d’aménagement du territoire, en faveur d’une région défavorisée (souci de cohésion nationale). Un des atouts est de nouveau la situation géographique au cœur de l’Europe du NW (Benelux, Angleterre et aussi l’Allemagne, la Westphalie). Fréquentation : 490 000 visiteurs en 2025 (9M pour le Louvre). L’UE a aidé aux investissements (au titre des régions industrielles en reconversion). Le bassin a aussi été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
C. Le patrimoine, facteur de rayonnement culturel de la France dans le monde et objet d’action diplomatique
❑ Un exemple : le repas gastronomique des Français (classé en 2010 à l’UNESCO).
➪ Exemple d’étude critique : le dîner de gala offert à Versailles par le général de Gaulle au couple Kennedy (1961) et une présentation de la politique du patrimoine par la ministre de la culture, Françoise Nyssen, en 2017.
❑ Contexte : un document du XXe siècle (de Gaulle et Kennedy en 1961 à Versailles), et un autre du XXIe siècle (la ministre de la culture au début du 1er quinquennat d’E. Macron). Dans les deux cas, l’État acteur de la politique du patrimoine et utilisateur du patrimoine. Les deux documents nous montrent les enjeux du patrimoine à différentes échelles, nationale et internationale. Autrement dit, dans le 1er cas, des enjeux politiques et économiques ; dans l’autre des enjeux diplomatiques.
Analyse croisée des documents :
Lundi 5 octobre et mercredi 7 octobre 2026 (On complète le tableau ci-dessous).
Rappel de méthode : on évite de traiter les documents l'un après l'autre. On essaie plutôt de les croiser, pour pouvoir les confronter l'un à l'autre.
| Thèmes d'analyse | doc 1 : le repas de Versailles (1961) | doc 2 : F. Nyssen et la politique du patrimoine (2017) |
|---|---|---|
| à l’échelle nationale |
– le cadre de Versailles ; – la gastronomie française ; ⇔ des éléments d’identité nationale (y compris le général de Gaulle, lui-même monument historique); – dans un contexte national très troublé : la guerre d'Algérie (la F au bord de la guerre civile). |
Elle insiste sur : – les enjeux d’identité; – l’importance économique du patrimoine; – sur sa place ds l’aménagement du territoire; – sur le coût de l’entretien ⇒ des expédients comme le loto du patrimoine. ⇔ désengagement de l'État. |
| à l’échelle internationale | – un moment des relations franco-américaines; – Versailles est aussi un lieu de mémoire américain (Franklin et Louis XVI); – ce qui permet de masquer des différends (les tensions autour de la dissuasion). |
– le patrimoine est un outil diplomatique ; – un exemple : le Louvre Abou Dhabi (aux EAU : un partenaire stratégique : enjeux énergétiques et militaires). Le patrimoine est-il un alibi ? |
Exemple de sujet de dissertation :
La méthode de la dissertation en HGGSP.
Sujet : « Le patrimoine : quels enjeux politiques et géopolitiques pour la France ? »
Exemple d'analyse des termes du sujet.
La France gaullienne au secours du patrimoine de l'humanité : le sauvetage des temples d'Abou Simbel en Égypte (1960-1968)
➙ REGARDER un documentaire sur le sauvetage des temples d'Abou Simbel en Égypte à l'initiative de l'UNESCO et avec le concours de la France.[Belgique, 1965, 45 min.]
➙ ÉCOUTER l'appel d'André Malraux pour le sauvetage des temples d'Abou Simbel le 8 mars 1960 [10'] et l'émission de France Inter, « L'incroyable sauvetage des temples d'Abou Simbel [2024, 15'].
➙ LIRE un article universitaire de Chloé Maurel dans la revue Égypte, monde arabe, « Le sauvetage des monuments de Nubie par l’Unesco (1955-1968) », (2013).
Vendredi 9 octobre 2026
Le sauvetage d’Abou Simbel
❑ Contexte : la décision du président Nasser, en 1956, de construire le barrage d’Assouan. Le but est de produire de l’électricité pour le dvt de l’Égypte et de stocker de l’eau pour son agriculture.
⇒ la crise de Suez : Nasser, pour financer le barrage, nationalise le canal de Suez, détenu par une compagnie franco-britannique. F et GB, alliées à Israël, interviennent militairement pour reprendre le canal. Les Franco-britanniques doivent rapidement battre en retraite devant les menaces de l’URSS et la condamnation de l’intervention par les Etats-Unis. Donc, c’est un camouflet, une humiliation pour la F et la GB.
La F était aussi motivée par la guerre d’Algérie, Nasser soutenant le FLN et donnant l’asile à ses chefs au Caire.
❑ en 1960 (appel de Malraux), la situation a un peu changé puisque la F est depuis 1958 sous le régime de la Ve République. Les enjeux sont, pour la F :
- montrer la grandeur de la F à l’échelle mondiale en soutenant le projet de l’UNESCO pour sauver une œuvre qui appartient au patrimoine de l’humanité.
- en rappelant que la F, depuis Bonaparte et Champollion, a bcp fait pouyr les antiquités égyptiennes.
- et faire oublier le fiasco de Suez… De Gaulle est en train de mettre fin au conflit algérien. Il anticipe la relance de la politique arabe de la F (enjeux pétroliers).
- une fois de plus, Malraux est en 1re ligne : c’est un historien de l’art, un universaliste.
❑ Les années 1960 sont celles de la Guerre froide (GF), mais aussi celles d’une modernisation économique dont témoigne le barrage d’Assouan ⇒ des inquiétudes pour le patrimoine menacé par la modernité, mais aussi pour la paix mondiale, jugée fragile, avec la menace thermonucléaire. En sauvant Abou Simbel, la F montre ses capacités et son engagement pour le patrimoine de l’humanité.
La dissertation :
Le patrimoine : quels enjeux politiques et géopolitiques pour la France?
Introduction :
- on commence par un exemple du patrimoine français (Versailles).
- on explicite les enjeux politiques (identité nationale, économie, aménagement du territoire) et géopolitiques (diplomatie).
- on pose la pbm : en quoi le patrimoine est-il un enjeu politique à l’échelle nationale et aussi un enjeu pour la F à l’échelle des relations internationale ?
- on peut annoncer le plan.
I. Le patrimoine à l’échelle nationale : des enjeux politiques.
- Un moyen de favoriser la cohésion nationale (Versailles : « à toutes les gloires de la F ») ; ND de Paris, mais aussi les églises de village (défendues par Barrès en 1911). ⇒ des mesures politiques : Versailles transformé en musée par Louis-Philippe en 1837, les lois sur les monuments historiques de 1887 et 1913.
- l’économie : le patrimoine alimente le tourisme. Le Louvre : 9M de visiteurs. Il peut même servir d’outil de reconversion comme ds le PdC, où l’activité minière a cessé en 1990. Il devient ainsi un moyen de la politique d’aménagement du territoire. Le modèle économique est d’autant plus important que le patrimoine coûte cher.
Transition : Mais les enjeux du patrimoine ne s’arrêtent pas aux frontières de la F. C’est aussi un outil de la diplomatie française.
II. Enjeux géopolitiques : le patrimoine au service de la diplomatie française.
- Pour recevoir : ex. le dîner des Kennedy à Versailles en 1961, moment de détente sur fond de tensions autour de la dissuasion. Un procédé récurrent : Poutine a eu lui aussi droit aux honneurs de Versailles en 2017 (la diplomatie ne réussit pas à tous les coups). Une dimension immatérielle : le repas gastronomique français (classé par l’UNESCO en 2010).
- En exportant des œuvres ou en partipant à la préservation du patrimoine de l’humanité : ex. la Joconde à Washington en 1962 ; la tapisserie de Bayeux à Londres en 2026 ; Lascaux III, exposition itinérante à travers le monde à partir de 2016. Pour la préservation : l’ex. d’Abou Simbel. Autre enjeu des RI : l’appel au mécénat étranger (essentiel pour Versailles, ND de Paris, etc.) L’UNESCO est installée à Paris.
Conclusion : le patrimoine a donc un rôle important aussi bien ds la vie politique française que pour la diplomatie française. C’est une permanence depuis le XIXe siècle, où a émergé la politique du patrimoine.